le manifeste

Sauver l’Europe
pour sauver le climat

 
Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres.
— Gramsci

Écologie ou barbarie ?

 
 

La planète brule et L’Europe se meurt. Voilà pourquoi les élections européennes à venir ne seront pas des élections comme les autres. Nous avons le choix entre le sursaut ou la catastrophe, entre la solidarité ou la montée de la haine, entre l’invention d’une nouvelle manière de vivre ensemble ou la continuation des égoïsmes qui nous conduisent vers l’abîme, entre l’écologie ou la barbarie.

L’histoire est en marche : Nous sommes convaincu-e-s qu’elle n’appartient pas à des élites dépassées, ridiculement conservatrices et dangereusement obsédées par le pouvoir de l’argent. Nous autres, écologistes nous mettons au service des citoyennes et des citoyens qui n’attendent plus des discours mais des actes pour réorienter la marche du monde. C’est un défi incroyable que nous avons à surmonter qui demande de la lucidité, de l’imagination et du courage.

 
 

Le système, la politique, nos vies : tout doit changer.
Le chantier est immense.
Nous n’y arriverons qu’ensemble.

Retrouver le sens du commun et du vivant

 
 

Les politiques n’ont pas le monopole de la réinvention du monde. Mais leur responsabilité est de ne pas la rendre impossible. A l’heure où certains imaginent que ce sont les machines qui nous sauveront, que les algorithmes nous remplaceront, ou que la conquête spatiale résoudra nos problèmes, nous disons que notre destin est humain et terrestre. Nous habitons cette planète et nous n’en avons pas d’autre. Alors, construire un monde vivable pour tous, c’est la grande question de notre temps.

L’histoire nous mord la nuque. L’humanité est en péril : les forces de destruction s’organisent, se coalisent, gagnent en vigueur et en influence.

Il nous faut engager la lutte contre la barbarie. C’est un enjeu de civilisation.

Nous devons remettre nos sociétés dans le bon sens, en redéfinissant des priorités qui construisent un meilleur avenir. La planète est en danger : des espèces disparaissent, les écosystèmes souffrent, les ressources s’épuisent. Nous devons défendre le vivant et les communs : la nature sous toutes ses formes, l’air, l’eau et la terre qui nous nourrit, les animaux qui sont exploités et maltraités pour une économie de surconsommation.

La condition humaine n’est pas de détruire la vie sur terre mais de la préserver

Le propre de notre espèce n’est pas la domination mais la coopération, c’est ainsi que nous survivons depuis toujours.

 
Avec le péril, croit aussi ce qui sauve.
— Holderlin

Sauver le climat

 
 

La question cardinale est celle de la dégradation du climat, puisqu’elle menace notre survie elle- même.

Qu’attendent les dirigeants européens pour prendre à bras le corps le problème le plus urgent de notre temps ?

En France la démission du ministre de l’environnement Nicolas Hulot a résonné comme un coup de tonnerre, et la leçon à en tirer est simple : Il n’est plus temps d’attendre ou de prendre des demi mesures. Pourtant tout se passe comme si de rien n’était. Emmanuel Macron fait des grands discours teintés de vert, mais la politique qu’il conduit ne suit pas. Rien de ce qu’il engage n’est à la hauteur de la crise écologique que nous vivons, alors même que la France pourrait être à la tête des nations qui font de l’écologie une priorité. .

Entre la voix des lobbies et le choix de l’écologie il faut trancher. On ne peut pas en même temps détruire la planète et la sauver.

Nous sommes donc vigilant-e-s, mobilisé-e-s et déterminé-e-s à tout faire pour qu’en France les choses changent.

Les marches pour le climat montrent que la prise de conscience progresse. Une nouvelle génération réclame son droit à exister dans un monde vivable. Comment ne pas entendre son appel ? La génération climat qui se met en mouvement est celle qui sauvegardera l’avenir. Notre combat est planétaire. Il ne connait pas de frontières et nécessite d’agir à tous les échelons, de la plus petite commune jusqu’au niveau international. Chacun-e doit prendre sa part.

 

Reprendre l’Europe en mains

 
 

Mais il faut dire la vérité : ce sont aujourd’hui les gouvernants qui sont à côté de la plaque : ils nous conduisent dans le mur et ne proposent que des solutions qui ont déjà montré leur incapacité à améliorer nos vies.

Ils favorisent l’extrême concentration des richesses alors qu’il faudrait organiser un partage plus juste.

Ils veulent pomper jusqu’à la dernière goutte de pétrole alors qu’il faudrait décarboner l’économie.

Ils cèdent tout aux géants du numérique au lieu d’utiliser les formidables capacités des nouvelles technologies au profit des peuples.

Ils tournent le dos aux migrants qu’ils laissent mourir à nos frontières alors qu’il faut construire un monde de coopération et une Europe accueillante.

Ils disent qu’ils sont raisonnables alors que la politique qu’ils conduisent est folle.

Il est faux de dire qu’il n’y a qu’une seule politique possible, en Europe comme en France. Il est temps que le pouvoir change de mains. Il faut un nouveau rapport de force politique.

L’Europe est un espace majeur de la bataille pour la réinvention du monde. Certains, pourtant surfant sur la colère et le découragement, proposent de tourner le dos à l’Europe. C’est une faute.

Comment gagner la bataille engagée en désertant le champ de bataille ? Seuls derrière nos frontières nous serions plus forts ? C’est une illusion et une illusion dangereuse. Nous mesurons le désamour qui touche les institutions européennes. Et nous sommes en colère contre l’état actuel et le fonctionnement de l’union européenne. Mais l’idée d’Europe, nous la faisons toujours nôtre. Nous continuons à la défendre, non pas parce qu’elle est parfaite telle qu’elle est, mais parce que nous ne confondons pas l’Europe avec ses dirigeants actuels. Nous ne céderons pas un pouce de terrain aux partisans du repli. Parce que pour surmonter les épreuves que nous traversons, notre avenir est forcément Européen.

 

Défendre la dignité humaine

 
 

A l’heure où les extrêmes droites prospèrent et réussissent des scores électoraux importants, nous refusons de nous laisser contaminer par la fièvre nationaliste qui gagne le continent. Au contraire nous voulons l’éteindre.

Nous ne voulons faire aucune concession à l’esprit de xénophobie qui monte.

Du point de vue des valeurs, qui serions-nous si nous acceptions de laisser continuer le drame des migrants. Il faut dire les choses clairement. L’Europe a les moyens et le devoir d’accueillir dans des conditions dignes les personnes qui mettent en danger leur vie pour trouver en Europe un sort meilleur que celui que l’ordre inégalitaire du monde leur a réservé. Nous perdons notre âme chaque fois que nous les laissons mourir. Cette Europe de l’indignité, de l’indifférence, du repli, n’est pas la nôtre.

Celles et ceux qui disent que cette question ne doit pas être au centre du débat des prochaines élections font preuve de lâcheté. Il ne s’agit pas d’un débat que l’on pourrait mettre sous le tapis.

Il s’agit de vie ou de la mort de personnes qui vont continuer à venir et que nous devons décider de sauver ou non. On doit se rappeler que la politique ne consiste pas à chercher les sujets marketing qui rapportent des voix, mais bel et bien à traiter les sujets qui comptent.

Cette question renvoie fondamentalement à la question du socle philosophique et moral sur lequel nous construisons l’union politique de l’Europe. La place de l’étranger, la place de l’autre, le sort du plus démuni définit l’Europe que nous voulons. La nôtre est accueillante, solidaire, fraternelle. Elle est grande quand elle ouvre les bras, misérable quand elle s’abandonne à l’égoïsme, dangereuse quand elle cède aux sirènes des semeurs de haine.

Nous devons à la fois construire l’Europe de l’accueil et construire une Europe qui œuvre pour un monde rééquilibré, seul capable de garantir la dignité des peuples du sud.

 

Construire un nouveau modèle européen dont nous sommes fier.e.s

 
 

Le monde a besoin de l’Europe. Nous sommes et devons demeurer une terre d’espoir. Face aux Etats-Unis de Trump, face à la Russie de Poutine, face à la Chine de Xi jinping nous avons besoin de construire une Europe forte, porteuse d’un nouveau modèle. L’Europe ne peut se résumer à un grand marché ou la loi de l’argent régnerait en maîtresse de toute chose. Les libéraux ont voulu faire de l’économie la clef de toute chose, du profit la mesure de toute réussite, et de la croissance le passeport de tout avenir. Sur tous ces points, ils ont eu tort et nous payons durement le prix de leur échec. Un capitalisme barbare détruit la nature et humilie des millions d’êtres humains. L’Europe actuelle n’a plus de sens :

Le nouveau modèle européen doit conjuguer préservation des écosystèmes, défense des droits sociaux, et démocratie.

Hier l’Europe s’est bâtie autour du charbon et de l’acier. Construisons-la aujourd’hui autour de l’objectif de sortir du carbone et du nucléaire et d’investir massivement dans la transition écologique.

Hier, au sortir d’une guerre qui a tant et tant blessé nos peuples, l’Europe avait à gérer la question des déplacés de l’intérieur. Construisons une Europe capable d’assumer la question des réfugiés et de continuer à assurer la paix sur le continent.

Construisons une Europe universelle, c’est-à-dire une Europe qui pense, parle et agit pour l’intérêt general de la planète, en ayant tiré les leçons de son histoire. Non pas une Europe qui vise à redevenir un empire mais une Europe qui tisse entre les peuples les conditions d’un partenariat équitable. Une Europe qui refuse la marche à la guerre et à la barbarie portée par l’ordre inégal du monde. Une Europe qui assume le meilleur de sa civilisation et l’offre en partage à l’humanité.

 

Un socle européen de droits inaliénables

 
 

Le nouveau modèle doit garantir des droits élémentaires pour celles et ceux qui résident sur notre continent. La question des conditions de vie des personnes doit primer sur l’obsession de la réduction des déficits publics. L’exemple Grec fût tragique : humilier une nation, courber de force l’échine de ses dirigeants, briser les politiques sociales et les protections les plus élémentaires au nom d’impératifs imposés par des instituions sans légitimité démocratique, voilà qui représente la pire des politiques. C’est ainsi que l’Europe se prive de légitimité populaire.

L’Europe doit au contraire permettre de bénéficier de protections supplémentaires.

Nous défendons l’idée d’une harmonisation par le haut des droits sociaux en Europe, et des mesures pour refuser le dumping social et environnemental.

Aujourd’hui ce ne sont pas les migrants qui fragilisent notre modéle social, mais bel et bien la voracité capitaliste et les attaques réactionnaires. Pour ne prendre qu’un exemple, le droit des femmes à gagner un juste salaire, à disposer de leur corps, à choisir leur contraception, leur droit à l’avortement subissent des attaques silencieuses mais virulentes menées par des réactionnaires dont le but est de remettre une chape de plomb sur le mouvement d’émancipation des femmes.

Soit nous laissons faire, soit nous faisons le choix de lutter à l’échelle européenne pour écrire une nouvelle page du progrès social en Europe.

 

Ensemble nous pouvons gagner

 
 

Le monde a besoin de l’Europe et l’Europe a besoin de vous.

Vous qui êtes un européen convaincu. Mais aussi de vous, vous qui étiez pour l’Europe et qui en doutez aujourd’hui.

Vous qui ne voulez pas de l’Europe de Merkel mais ne supportez pas l’Europe d’Orban et de Salvini. Vous qui ne voulez pas laisser un monde pollué à vos enfants.

Et vous qui prenez votre voiture parce vous n’avez pas d’autre choix.

Vous qui voulez faire la révolution et vous qui pensez qu’on avance que pas à pas. Vous qui pensez que les grandes firmes ne peuvent pas continuer à détruire la planète et vous qui pensez que l’avenir de l’économie sera vert ou ne sera pas. Vous qui croyez à la justice sociale. Vous qui croyez à la fraternité. Vous qui croyez à la sororité. Vous qui n’en pouvez plus de fermer les yeux quand les migrants se noient en mer. Vous qui n’en pouvez plus de vous taire. Vous qui ne croyez plus en la politique et vous qui voulez vous engager. Vous qui avez voté à gauche et qui avez été trahis.es. Vous qui avez voté à droite et qui avez été déçus. Vous qui savez que les écologistes ont raison.

Si nous agissons ensemble, nous pouvons gagner. Parce que, ensemble, nous sommes l’Europe.

 
Rien de ce qui est humain ne m’est étranger.
— Terence