Manifeste pour une Europe féministe

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Il faut une Europe des droits des femmes. Et il faut qu’elle soit sanctuarisée. Ne nous y trompons pas : ce qui peut nous sembler acquis est parfois bien fragile. Voyons autour de nous les assauts qui se multiplient contre le droit des femmes à décider de leur destin : en Pologne le gouvernement réprime la communauté LGBTQI et continue sa nauséabonde croisade contre le droit à l'avortement ; en Espagne, les allié.e.s de Marine Le Pen, partenaires de Ciudadanos -eux même allié.e.s d'Emmanuel Macron, poursuivent un seul funeste but : renvoyer les femmes à la maison. 

Les libéraux à la tête de l'Union européenne sont les complices objectifs de ces attaques contre nos corps et nos droits. En ne condamnant pas les atteintes aux droits des femmes aux États-Unis, au Brésil et ailleurs, les dirigeant.e.s de l'Europe nient l'égale dignité de chaque être humain.
Et lorsque l’on sait qu’au moins 50 millions de dollars ont été versés par les amis de Donald Trump à l'ultra-droite européenne à des fins de campagnes anti-LGBT, anti-éducation sexuelle et anti-avortement, les femmes sont fondées à se demander où s’arrêtera l’offensive. Comme si bientôt, le droit de vote des femmes si difficilement obtenu pouvait être remis en cause.

Qui a lu (ou vu) “La servante écarlate”, sait que le lent glissement vers le pire est parfois peu perceptible. Mais qu’un basculement ne peut jamais être exclu. Dans cette dystopie de Margaret Atwood, située à notre époque, les femmes encore fertiles sont réduites en esclavage, utilisées comme matrices, exploitées pour leur utérus fécond. Elle n’ont aucun droit sinon celui de se taire et de procréer. Au gré de flashbacks, les esclaves tout de rouge vêtues se souviennent des étapes successives qui ont conduit à leur asservissement.  L’héroïne principale se rappelle: “J'étais endormie avant. C'est comme ça qu'on a laissé ça arriver. Quand ils ont massacré le Congrès, nous ne nous sommes pas réveillés. Lorsqu'ils ont blâmé les terroristes et suspendu la Constitution, nous ne nous sommes pas réveillés non plus. Ils ont dit que ce serait temporaire. Rien ne change jamais du jour au lendemain.” Il faut une Europe des droits des femmes pour que jamais nous n’ayons une Europe écarlate.

Sanctuariser ce qui existe déjà, donc, et d’abord protéger le droit à l’avortement en l’inscrivant dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union. Garantir, aussi, l’accès de toutes les femmes à la contraception. Le combat est d’ampleur parce qu’il est culturel:  éducation, inégalité des salaires, violences physiques ou discriminations ne supposent pas tant de produire de nouvelles lois que de faire appliquer celles qui existent déjà. 

L’impératif de transparence sur les inégalités de traitements, associé à une politique ambitieuse de la petite enfance et à une lutte farouche contre les harcèlements, assurera aux femmes un parcours professionnel plus égalitaire. La ratification par tous les états membres, de la Convention d’Istanbul, unique traité traité à reconnaître la violence contre les femmes comme une atteinte aux droits humains, permettra d’inscrire dans le marbre l’obligation de l’Union de protéger les citoyennes des atteintes spécifiques dont elles restent victimes.


Nous ne baisserons ni les yeux, ni la garde.