L’honneur perdu de Nathalie Loiseau

Le Nouvel Obs
David Cormand, secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts, dénonce vivement le passé politique de la tête de liste de LREM aux élections européennes.
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Un spectre hante la campagne européenne de LREM. Celui du mensonge et du double discours. Il est en effet maintenant acquis que Mme Nathalie Loiseau a menti à de multiples reprises. D’abord, par une omission de longue haleine, en gommant de son passé politique son engagement de jeunesse à l’extrême droite. Puis en affirmant, contre toute évidence n’avoir jamais figuré sur la liste de l’UED de Sciences Po. Enfin en essayant de laisser penser qu’on pouvait à l’époque avoir un doute sur l’orientation politique de cette liste étudiante.

Pour comprendre la gravité des maladroites dénégations de Mme Loiseau, il faut d’abord bien comprendre à quelle filiation politique la liste sur laquelle elle figurait, puisait. On parle ici de la mouvance la plus radicale de l’ultra-droite étudiante de l’époque, à côté de laquelle les amis de Matteo Salvini et de Marine Le Pen passeraient facilement pour des modérés. C’est dire. Les révélations sur le passé militant de Mme Loiseau nous parlent d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Un temps où le sinistre GUD entendait régner sur les facs par la violence verbale et physique, ce qu’une étudiante en sciences politique ne pouvait ignorer à l’époque.

Quelle partie des propositions de la liste de l’ultra-droite l’ont séduite ?

Il faut appeler un chat un chat : les révélations en cours ne suscitent pas le trouble mais l’écœurement. Pas l’étonnement mais la stupéfaction. Pas uniquement la colère, mais bien la condamnation. Désormais démasquée, elle plaide l’erreur de jeunesse. Mais est-il permis de rappeler qu’à la même époque des jeunes gens du même âge se dressaient précisément contre la haine de l’ultra droite ? Dans un savoureux lapsus prononcé dans la matinale de Jean-Pierre Elkabbach, l’ancienne ministre des affaires européennes affirme « si j’avais voulu rester à l’extrême droite… » fragilisant encore plus sa défense.

Toutes les conversions sont certes possibles. Mais elle ne nous dit pas quel fut son chemin de Damas. Elle ne nous éclaire pas davantage sur les conditions de sa sortie du voisinage des rats maudits comme s’autodésignent les nostalgiques du GUD. Nombre de commentateurs politiques semblent vouloir déjà passer à autre chose et banaliser le sujet. Hier pourtant, on se souvient qu’on a vu de simples candidats dans des émissions de téléréalité, sommés de s’expliquer sur leur passé pour des tweets douteux. Est-ce parce qu’elle fait partie de l’élite que Mme Loiseau pourrait s’exonérer d’un examen minutieux ? Pourtant, des questions nous brûlent : quelle partie des propositions de la liste de l’ultra-droite l’ont séduite ? Quand ses fâcheuses convictions se sont-elles déconstruites ? Quelles sont ses influences et les sources de son engagement ?

Ces interrogations légitimes, si elles trouvaient une réponse franche, pourraient constituer une garantie de transparence et de pédagogie démocratique. Il aurait même été courageux d’en faire un argument de campagne, certes singulier. Il était ainsi possible de dire « je connais la tentation de l’extrémisme, j’y ai moi-même cédé. » Mais le choix des stratèges de La République en Marche a été de tenter de faire croire à une intox, puis de tenter de minimiser la gravité de la chose. L’escamotage tenté par LREM s’inscrit dans la logique d’immédiateté que cette formation tente d’imposer dans le débat public. Ils rêvent d’un peuple sans mémoire dans un pays sans Histoire, où le storytelling de leurs officines tiendrait lieu de récit national. Ils ont choisi de mentir. Ils ont tenté de rendre confuse une histoire limpide. Mal leur en a pris.

La confusion est toujours annonciatrice de grands malheurs. Hier, nous avions sincèrement regretté qu’un militant de longue date comme Jean-Luc Mélenchon, rompant avec des années de culture antifasciste, refuse d’appeler clairement à battre Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. Comment ne pas dénoncer aujourd’hui une candidate qui prétend combattre l’extrême droite en Europe sans faire la lumière complète sur les liens qu’elle a entretenus avec ces milieux ? À ce stade, on se souvient de la grossière mise en scène de l’annonce de candidature prétendument spontanée et motivée par l’horreur viscérale qu’inspireraient à Nathalie Loiseau les idées de Marine Le Pen. Misère d’un théâtre politique où les faux-semblants l’emportent sur la réalité des convictions. Chacun voit bien que cela ne tient pas. L’air de la campagne est devenu irrespirable, empuanti par le cynisme et les dénégations d’une femme disqualifiée pour défendre l’étendard qu’elle prétendait porter. Le silence de ses colistiers, qui, par leur éloquent silence se rendent complices des fautes non expiées de leur leader, est affligeant.

Une erreur de parcours ne devient définitivement une faute que lorsqu’on la dissimule, ajoutant le mensonge au forfait initial. Une tache indélébile souille désormais le drapeau de La République en Marche, qui en maintenant Nathalie Loiseau en tête de liste a choisi de jeter un mouchoir sur les mensonges de sa championne dans l’élection européenne. Nous ignorons de quoi demain sera fait. Madame Loiseau gagnera peut-être les élections, mais elle a d’ores et déjà perdu son honneur.