Justice pour Paul François, justice pour la planète

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Edito du 10 avril

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Justice pour Paul François, justic pour la planète

A la veille d’une décision judiciare essentielle,Climax republie ici la tribune de David Cormand et Michèle Rivasi initialement publiée dans Libération. Nul n’est besoin d’être écologiste ni de connaître Paul François pour soutenir son combat. Toute conscience éprise de justice, tout esprit lucide ne peut être que frappé par la froide lumière de la vérité.

L’homme qui, une fois encore fera face à Monsanto aujourd’hui dans le cadre du procès qui l’oppose à la firme devant la cour d’appel de Lyon, n’est pas né militant. Ce n’est pas l’idéologie qui l’a jeté dans l’action mais l’arbitraire d’une intoxication qui ne doit rien au hasard et tout à la folie destructrice des hommes.

Paul François a inhalé par accident des vapeurs d’un produit dont la dangerosité des composants était documentée, sans que pour autant Monsanto ne juge utile d’alerter les utilisateurs des dangers encourus. Les conséquences pour la de l’agriculteur furent dramatiques et lui font vivre un calvaire que nul ne souhaiterait endurer. Mais pire que les maux qui accompagnent désormais son existence, il y a la guérilla judiciaire menée par Monsanto à son encontre. Car ce n’est pas tout pour cette firme que de détruire une vie. Encore faut-il condamner au silence, faire rentrer dans la gorge d’une victime le cri d’injustice que lance depuis plus de 10 ans Paul François.

C’est la crainte d’un préalable qui verrait les victimes enfin indemnisées qui guide la stratégie de la firme. Monsanto, forte de son armada d’avocats, mise sur l’épuisement d’un homme, sur les failles du droit, sur l’indifférence d’une société prompte à fermer les yeux, sur le conservatisme d’un système absurde qui empoisonne les hommes et détruit la planète. En tant qu’écologistes, nous sommes témoins depuis des années des méthodes déployées par le géant de l’agrochimie pour endormir décideurs et consommateurs quant à l’effet de ses produits sur notre santé comme notre environnement. Lobbyistes, avocats, ghostwriters, prête-noms, les rangs de l’armée du mensonge sont fournis et ses ruses sont nombreuses. Mais Monsanto se trompe en pensant réussir à écraser impunément un homme qu’elle a déjà tellement blessé.

En ce jour ou son combat connait une nouvelle étape, Paul François n’est pas seul. Nos voix se font l’écho de la sienne. Nos pas se mettent dans les siens parce que son chemin est celui que notre société doit emprunter pour sorttir de l’enfer des toxiques. Nous lui apportons un soutien fraternel et déterminé, parce que son droit à la réparation du préjudice subi est à nos yeux irréfragable. Et avec lui, à travers lui, ce sont toutes les victimes de l’utilisation des pesticides dangereux pour la santé que nous soutenons.

Nous voulons que les choses changent enfin, que la roue de l’injustice s’inverse et que les responsables paient leurs actes. Nos terroirs et nos paysans souffrent de l’impunité des multinationales sous le regard indifférent de politiques, que l’inaction rend complices. Récemment, la ministre de la Santé Agnès Buzyn se déclarait encore défavorable à la création d'un fonds d'indemnisation pour les agriculteurs victimes de pathologies liées aux pesticides, se justifiant « Nous manquons de preuves sur le lien entre les pathologies et les produits phytopharmaceutiques ».

Peu importe qu’elle se trompe ou qu’elle nous mente. Sa position est dangereuse et nous fait perdre un temps précieux. La France et l’Europe doivent enfin renoncer à leur dépendance aux pesticides pour lutter contre les risques sanitaires d’une agriculture intensive qui détruit nos champs et nos campagnes. Nous menons ce combat avec la détermination de celles et ceux qui savent avancer sous le double pavillon de la vérité et de la justice. Et à Paul François nous disons merci et tenez bon.