Désobéir et recommencer

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Edito du 19 avril

À l’instar des Britanniques d’Extinction rebellion bloquant les rues de Londres il y a quelques jours, le mouvement climat français s’est donné rendez-vous aujourd’hui contre la République des pollueurs. À l’heure dite, ONG et activistes du climat sont partis à l’assaut de de plusieurs sites symboliques, sous le bel étendard de la désobéissance civile. Déjà les critiques aiguisent la dague de leurs arguments et saisissent l’espoir au collet. Ils évoquent la défense de l’État de droit, les enjeux de sécurité intérieure, le respect de la propriété privée. En un mot, ils dénoncent l’illégitimité d’un type d’action qui disqualifierait à la fois la cause défendue et celles et ceux qui la portent.

Désobéir est-il permis ? La question est vieille comme Antigone et neuve comme les amies de Greta Thunberg. Pour Antigone, il s’agissait de se soustraire aux lois de la cité pour offrir une sépulture à son frère. Pour la génération climat il est question de faire de la désobéissance civile un accélérateur dans la course engagée pour éviter le tombeau à une planète en danger.

Parlons simple : nous soutenons ce point de vue et les modalités d’action qu’il entraine dès lors que celles-ci respectent les principes les plus élémentaires de la non-violence. Comment pourrions-nous dire autre chose ? Depuis notre naissance, nous avons dû moult fois désobéir à des lois injustes, à des principes iniques, à des ordres idiots, à des axiomes destructeurs.

Pour qui porte la tunique verte des écologistes, désobéissance rime avec évidence. Nous avons bloqué des convois de déchets nucléaires en nous menottant aux rails. Nous avons soutenu des sans-papiers en empêchant les forces de l’ordre de les interpeller. Nous avons volontairement fauché des OGM et démonté des Mac Donald's. À Bègles, c’est l’un des nôtres qui a uni en sa mairie deux hommes, quand la loi l’interdisait, pour dire la discrimination humiliante subie par les personnes de même sexe désireuses de se marier.

Notre histoire est tissée de nos refus d’obtempérer. Nous espérons qu’un jour il se trouvera quelqu’un pour la raconter fidèlement. Pour dire que nous n’avons pas fait que rêver le monde mais que nous avons empoigné la vie à mains nues pour faire vaciller l’ordre absurde du saccage planétaire. Nous espérons qu’il se trouvera une voix pour rappeler que notre écologie n’était pas couturée de génuflexions mais imprégnée de l’esprit de révolte.

Désobéir n’est pas toujours un droit. Mais assurément c’est aujourd’hui un devoir. Un impératif catégorique. Une nécessité de première urgence. Un monde meilleur est à portée de mains. Que chacune et chacun trouve sa propre échelle et son mode de désobéissance, et mille confluents viendront grossir le fleuve du changement. Nous soutenons les actions en cours parce qu’elles conduisent à ce que l’Abbé Pierre nommait, sur un autre front de lutte, l’insurrection des consciences. Il faut désobéir. Et recommencer.

« La rage n’a pas fait le monde, mais la rage y doit vivre » écrivait Henri Michaux, dans un éclair de mescaline. Cela vaut pour la désobéissance, qui pousse les tièdes à agir, inspire les timides, entraine celles et ceux qui se sentirait faibles à rentrer dans une commune danse.

Demain nous appartient. Des jeunes refusent de travailler à détruire la planète. Des anciens font leur mea culpa et dénoncent le système qu’ils défendaient hier.

La désobéissance est spectacle. Mais elle n’est pas simulacre. Elle est la vérité de notre combat qui retourne les armes des dominants contre eux. Elle commence dans les rues mais doit s’achever dans les urnes. Rendez-vous en mai.