En Europe et ailleurs, ce sont les mêmes qui font reculer les droits des femmes et des LGBTQI et qui détruisent notre planète

 

Huffington Post
Tribune de Marie Toussaint, militante écologiste, juriste, candidate EELV aux élections européennes sur la liste de Yannick Jadot

A-t-on même conscience du recul incroyable des droits partout autour de la planète, et d’abord dans nos sociétés occidentales, celles qui se revendiquent des droits humains ?
L’histoire est pleine d’allers-retours, mais alors que nous faisons face à la plus grande crise de l’humanité : l’anthropocène qui met en jeu notre survie même, c’est à un grand bond en arrière que nous assistons. Un effondrement. Qui n’est pas que celui des écosystèmes, mais celui de notre civilisation. 

Il n’aura pas suffi aux États-Unis d’élire un Président ouvertement misogyne, non. Le droit à l’avortement est en plein recul: en Ohio, au Mississippi, au Kentucky, en Géorgie et dans le Missouri des conditions extrêmement restrictives ont été instaurées pour réduire de manière drastique l’accès à l’avortement des femmes. Pire, en Alabama, le Président du Sénat a adopté une mesure punissant les médecins pratiquant l’avortement de 99 ans de prison! Et le Président Trump vient de réaffirmer son positionnement “profondément pro-vie”. Les femmes seraient-elles donc (re)devenues les ennemies de la société, qu’il faudrait enfermer pour éviter le pire?

Il est curieux de voir que ce sont les mêmes qui font reculer les droits des femmes, ceux des LGBTQI, et qui détruisent notre planète. Car au carbo-fasciste misogyne Donald Trump s’allie un autre oligarque si peu fréquentable, Jair Bolsonaro, au Brésil, qui regrette que la cavalerie brésilienne n’ait pas été aussi efficace que les américains dans l’ “extermination des Indiens”, déclare la guerre à l’ “idéologie du genre” et détruit le poumon de la planète, la forêt Amazonienne.

Cette dynamique écarlate n’épargne pas l’Europe. A nos frontières, en Ukraine, la conférence européenne des lesbiennes est physiquement menacée par des lesbophobes et l’extrême-droite. En Pologne, au “cœur de l’Europe”, le gouvernement, qui refuse de sortir son pays du charbon, réprime la communauté LGBTQI qui serait un ennemi de “l’identité de la nation”, tout en poursuivant ses attaques au droit à l’avortement; tandis que le Maire de Gdansk, farouche défenseur des droits des réfugié.e.s et des LGBT, a été assassiné en public. En Espagne, les allié.e.s de Marine Le Pen, partenaires de Ciudadanos -les allié.e.s d’Emmanuel Macron, développent une politique machiste qui a pour premier objet de remettre les femmes à leur place: à la maison. Et Steve Bannon, de passage en France, ne manque pas de défendre un avenir sombre pour les femmes en Europe, tandis que ses allié.e.s arrosent en toute légalité de dollars les associations réactionnaires et conservatrices sur notre continent. C’est à se demander si bientôt, le droit de vote des femmes si difficilement obtenu sera à nouveau remis en cause! Il semble que le lent glissement vers une dystopie façon “La Servante écarlate” ne peut plus être à exclure. Notre vigilance absolue est indispensable, tout comme l’est la poursuite de la bataille des droits.

Les libéraux à la tête de l’Union européenne se font les complices de ces attaques contre nos corps et nos droits. En omettant de condamner les atteintes aux droits des femmes aux États-Unis, au Brésil et ailleurs, les dirigeant.e.s de l’Europe nient l’égale dignité de chaque être humain, fut-il homme, ou femme; hétérosexuel ou non; blanc, ou pas. Et au moins 50 millions de dollars ont été versés par les amis de Donald Trump à l’ultra-droite européenne pour mener des campagnes anti-LGBT, anti-éducation sexuelle et anti-avortement.

La candidate tête de la liste Renaissance de la majorité présidentielle n’en est pas exempte, elle qui essentialise l’homophobie comme une particularité culturelle polonaise alors même que partout, l’obtention de droits a fait l’objet d’une bataille politique.

Les coups portés sont encore plus vicieux. A travers leur inaction climatique et environnementale, à travers les relations commerciales, les dirigeant.e.s européen.ne.s font reculer les droits partout autour de la planète. Leur silence est coupable. Les politiques menées aussi.

En poursuivant des politiques de libre-échange qui perpétuent la déforestation, via par exemple le cacao, le soja, l’huile de palme... nos États renforcent les dirigeants misogynes, racistes, homophobes et lesbophobes, qui tirent leur puissance de l’exploitation des ressources naturelles et usent la nature en violant les droits humains. En refusant de sortir des énergies fossiles, ils laissent des multinationales exploiter uranium, pétrole, charbon... dans des pays souvent peu préoccupé.e.s par les libertés civiles. L’asservissement des corps a toujours pour corollaire l’asservissement de la nature.

Nous ne nous laisserons pas faire. Nous étions 343 à appeler en octobre dernier à garantir le droit à l’avortement et à la libre contraception au sein de l’Union européenne. Aux Etats-Unis, Alyssa Milano a pris la tête d’une mobilisation d’acteurs et d’actrices d’Hollywood pour boycotter les tournages dans les états fédérés qui font reculer le droit à l’avortement; et à Cannes, les féministes ont largement mobilisé en foulard vert autour du film “Que Sea Ley” sur l’échec argentin de légalisation de l’avortement. En Inde, Vandana Shiva et Priyanka Gandhi mènent la bataille des droits des femmes et contre les identitarismes. En Europe, ce sont des femmes qui ont pris la direction de l’opposition à Viktor Orban, en Hongrie. Le plus grand mouvement de jeunesse qui ait encore jamais existé, pour le climat, est impulsé par Greta Thunberg.

C’est l’égale dignité qui est aujourd’hui attaquée. Le sens de l’histoire doit rester celui de l’extension des droits. Plus que jamais, femmes, gays, queers, minorités culturelles, linguistiques ou d’origine, et écologistes, nous devons faire front commun contre la barbarie.

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