Rock the casbah

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Edito du 29 mars

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Rachid Taha nous manque. Sa voix éraillée, sa poésie, ses fulgurances, sa manière unique et d’affirmer une identité multiple. Par ses chansons, Il tissait des liens sur lesquels en funambule passe-murailles, il nous invitait à franchir les frontières à sa suite. Il nous souvient de l’avoir vu reprendre le Rock the casbah des Clash dans un concert enfiévré, ou punk et raï fusionnaient en une même révolte.

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Cette révolte commune parcourt ces jours les rues de Londres et d’Alger. Des manifestations massives, dignes, festives secouent le Royaume-Uni et l’Algérie. Quand les jeunes algériens se battent pour se débarrasser de Bouteflika, la jeunesse londonienne réclame un référendum pour rester dans l’Europe. La distance masque les ressemblances. Ces mouvements de protestation, aussi différents soient-ils, sont frères. Ils portent tous deux une immense demande de démocratie. Algériens ou britanniques, les jeunes sont des sages. Quand les uns demandent la fin d’une gérontocratie, les autres exigent de demeurer européens. Dans les deux cas, c’est dans la rue que se noue l’épreuve de force, parce que le système politique classique est incapable de répondre à la demande citoyenne.

Ces deux mouvements dessinent un monde où s’affrontent de manière très vive des forces diamétralement opposées. La vision de la société des pro et des anti-Brexit est tellement différente qu’on se demande comment ils peuvent cohabiter au sein de la même nation. En Algérie, les camps qui s’opposent semblent engagés dans une lutte à mort. Pourtant dans les deux cas, il faudra bien penser une sortie de crise et construire une réconciliation. Mais à chaque jour sa tâche : pour l’instant il est nécessaire que toutes les forces se jettent dans la bataille. Notre soutien plein et entier accompagne ces deux luttes. Les populations qui se mobilisent se battent pour dessiner le monde que nous voulons voir émerger. Notre cœur vibre au diapason des leurs. Leurs maux leurs sont propres. Mais leurs mots sont aussi les nôtres.

Pour que les choses soient claires et pour répondre par avance aux arguments de celles et ceux qui feindraient de voir des écologistes prendre position, il nous faut préciser ceci. Nous sommes citoyennes et citoyens de la planète. Notre engagement pour le climat ne nous rend pas inaptes à nous saisir d’autres combats. Nous pensons même qu’en manifestant pour l’Europe, pour le départ de Bouteflika ou pour le climat il s’agit de défendre une seule et même cause : le droit à l’avenir. Le futur n’est pas la propriété privée de quelques-uns. Demain nous appartient, et nul pouvoir ne peut nous en priver. Pollueurs, kleptocrates ou anti-européens, tenez-vous le pour dit, notre engagement est solidaire et ne faiblira pas. Parce que, sur aucun des fronts ici évoqués, nous n’avons le droit de déserter. En faisant campagne pour un sursaut climatique, contre le Brexit et pour une Europe ouverte qui réapprenne à regarder vers les pays du Sud et à nouer des partenariats avec eux, nous lions de manière indissoluble climat, construction européenne et destin démocratique du Maghreb. Notre Europe sera solidaire ou ne sera pas.


Rendez-vous en mai.